Libre et Indépendante
L’entreprise automobile aurait été victime d’une affaire d’espionnage concernant la mise au point de ses futures voitures électriques : l’affaire peut donc sembler grave. Elle fait surtout l’objet d’une pudibonderie de la part de l’entreprise comme de l’Etat très surprenante !
Le coupable présumé est en effet puissant, on ose à peine le nommer : la CHINE. N’en déplaise aux anti-américains dont je fais quelque peu parti, notre problème principal est en train de changer : cette dernière arrive sur le devant de la scène et c’est bien normal. Elle est aujourd’hui la deuxième puissance économique du monde et va bientôt dépasser les Etats-Unis.
Premier producteur automobile mondial en 2010, premier consommateur automobile mondial en 2010 et depuis 2009, elle est le premier consommateur d’énergie et le premier émetteur de gaz à effet de serre : la suite on la devine facilement. Les Chinois sont très intéressés par la voiture électrique.
Vu les dépenses de Recherche-développement de ce pays, c’est un honneur pour nous de faire l’objet d’espionnage. Mais Renault a fortement nuancé le constat : il n’y aurait pas eu vol de secrets industriels mais seulement des renseignements pris sur le modèle économique de développement de la voiture électrique : nous voilà rassurés.
D’un côté, le gouvernement est très ennuyé d’avoir été averti aussi tard : Carlos Gosn a été averti dès le mois d’août et les services de contre-espionnage au mois de décembre après une longue enquête interne. D’un autre côté, il aurait préféré ne pas savoir.
La vérité, c’est que le groupe Renault aurait souhaité régler cela à l’interne : c’est le genre de publicité dont se passent les entreprises occidentales. Et il ne s’agirait pas de s’aliéner le premier marché mondial en terme de vente (eh oui, les occidentaux pensent vraiment qu’ils vendront un jour des voitures en Chine ! ! !).
En fait, côté français l’on a affaire à un mélange d’angélisme et de peur de déplaire à la nouvelle super-puissance chinoise. Et le manque de conviction dans la conduite de l’affaire le prouve bien. Quant aux Chinois, malgré l’absence d’accusation directe, ils protestèrent véhémentement (ou ils véhémentèrent protestement, l’on ne sait trop).
La réalité est malheureusement claire : le gouvernement chinois est très bien outillé pour ce genre d’action : stagiaires, échanges de chercheurs : tout est bon pour le recueil d’information.
Car, les Chinois n’ont pas l’angélisme (la stupidité ?) des Occidentaux, ils veulent se développer et vite. Chez eux pas de libéralisme béni oui-oui, mais un volontarisme fort sous la houlette de l’Etat. Et les entreprises bénéficient d’un soutien sans faille.
Cela contraste fort avec le laisser-aller français, la gêne de Renault et le manque d’enthousiasme du gouvernement français : quand comprendrons-nous enfin que les règles ont changées et qu’il nous faut faire preuve d’une vraie stratégie industrielle, commerciale et économique ?
Par Christophe Bugeau
Secrétaire général