Libre et Indépendante
La libéralisation des tarifs d’EDF devrait officiellement permettre une nouvelle « concurrence » entraînant une baisse des tarifs pour les entreprises et les particuliers. Malheureusement l’histoire de ces mises en concurrence dans le secteur de l’électricité à l’étranger prouve le contraire.
Dans tous les pays où la vente de l’électricité a été mise en concurrence, l’on a assisté à des hausses importantes de tarifs pour les entreprises et les particuliers. Concernant la France, les entreprises ou les individus qui ont eu la mauvaise idée de quitter EDF ont d’ailleurs constaté qu’après des tarifs alléchant au début, les nouveaux opérateurs ont fait monter les enchères.
En réalité, il ne peut y avoir de vraie concurrence dans un secteur où les gains de productivité dépendent de la taille : l’on est face à un monopole naturel. Nous ne parlerons pas de la situation catastrophique de la Californie où l’Etat, face à la montée du mécontentement des citoyens qui souffraient de coupures récurrentes d’électricité, a dû renationaliser les entreprises pour faire les investissements nécessaires à l’augmentation de la production (les investisseurs n’avaient pas augmenté les capacités afin de créer une pénurie artificielle et de pouvoir augmenter les tarifs).
Dans le cas précis de la France, EDF est tout à fait d’accord pour cette mise en concurrence. Pourquoi donc ? Parce que c’est dans son intérêt ! EDF a besoin d’argent, de beaucoup d’argent. Pour construire de nouvelles centrales nucléaires ? Certes. Pour enterrer une partie des lignes ? Certes. Pour faire face au coût croissant du retraitement des déchets nucléaires ? Certes aussi. Pour pouvoir payer des tarifs élevés sur l’achat de l’électricité produite par l’éolien et le solaire ? Certes encore.
Mais le problème principal n’est pas là. EDF a fait des courses à l’étranger. Et des courses qui coûtent cher : un opérateur en Allemagne, un en Angleterre et un en Italie. Mais ce n’est pas le plus important : 10 milliards d’Euros ont été engloutis en Argentine et au Brésil (et cette fois, il s’agit bien du montant des pertes et pas des investissements). Et, cerise sur le gâteau : le rachat de British Energy en 2008 pour 14 milliards d’Euros (faut-il préciser que les lignes sont dans un état lamentable et qu’il va falloir passer à la caisse : superbe investissement !).
C’est donc grâce à cette merveilleuse gestion de notre principal opérateur électrique que tous les Français vont payer leur électricité plus chère. Les estimations des associations de consommateurs sont de 25 à 30 % dans les prochaines années (tiens c’est le montant que le PDG avait demandé pour les tarifs réglementés, c’est sûrement un hasard). Et ce ne sera guère compliqué, en effet, les opérateurs qui vont arriver devront acheter leur électricité à EDF. Donc dans un premier temps celui-ci leur vendra au prix de gros. Puis, dans un second temps, il augmentera ses tarifs. Seuls les consommateurs qui resteront sur les tarifs réglementés seront protégés mais pour combien de temps ?
Cette dérégulation est dangereuse, la loi du tout marché est dangereuse. Car demain ce seront les actionnaires qui réclameront de bénéfices à tout prix. Doit-on rappeler que nous avons 58 centrales nucléaires en service ? Certaines révisions importantes sont déjà reportées et l’autorité de sûreté nucléaire note des pannes de plus en plus fréquentes. A quand un vrai problème ?
Par Christophe Bugeau
Secrétaire général