Libre et Indépendante
Le mondial de Football et l’affaire Woerth-Bettencourt doivent amener à se poser plusieurs questions, la moindre n’étant pas celle des « valeurs » et des « repères » sur lesquelles notre société est censée se fonder. Sommes-nous toujours des citoyens de la République Française ou sommes-nous en train de basculer vers un autre modèle ?
Se pose d’abord le rapport à l’argent. Les Français ont toujours eu une position ambiguë à ce sujet. Certes, celui-ci ne fait pas le bonheur, il convient de ne pas trop montrer que l’on en a, mais il ne faut pas en manquer non plus.
Il est clair que dans les deux affaires, ces repères traditionnels de notre société sont malmenés. Un footballeur n’est après tout qu’un « gus » qui tape dans un ballon. Mérite-t-il de telles rémunérations qui peuvent se monter à plusieurs millions d’Euros par an ? Certainement pas. Le football n’est plus un sport, c’est devenu un spectacle, nous avons affaire à des divas (de 20 ans et quelques) et qui se comportent comme tels.
La grève sur le tas décidé par les joueurs, le coup de gueule contre l’entraîneur (qui n’est pas sans défaut) sont à mettre à ce compte. Il est clair que les joueurs de l’équipe de France ont la grosse tête : tout le monde leur dit qu’ils sont des demi-dieux, ils ont fini par le croire.
Le cas Woerth (voire Sarkozy ?) pose encore plus de problèmes. Ces hauts responsables de l’Etat sont-ils simplement « amis » de Mme Bettencourt ? Ont-ils fait une « fleur » à cette dernière de ce fait : fermer les yeux sur une petite fraude fiscale de quelques dizaines de millions d’euros. Ou au contraire est-ce plus grave : ont-ils pendant des années, touché un «chèque » devenant ainsi les obligés de la femme la plus riche de France.
Si nous en sommes là, la situation est grave. Cela signifie que le rapport à l’argent est devenu nettement plus pervers. Les plus riches peuvent tout acheter (y compris le président ?). L’élection à proprement parler perd de sa valeur. L’élu n’est plus celui du Peuple mais celui des privilégiés et défend essentiellement les intérêts de ces derniers : nous cessons d’être une démocratie pour entrer dans un système oligarchique.
Cette perte de repères est extrêmement grave. La vie en société exige un certain nombre de conventions. La rémunération de tous doit dépendre des efforts, de leur engagement, et non profiter de positions acquises.
Si ceux que notre pays prend pour modèles ne sont que des enfants gâtés, des hommes d’affaires profitant de leur position ou des responsables politiques en déshérence (voire corrompus ?), nous avons à faire face à un problème de fond : les Français ne feront pas confiance longtemps à ces gens-là. Nous nous retrouverons alors à la merci de n’importe quelle vague populiste de protestations.
Par Christophe Bugeau
Secrétaire général